Information sur les activités de Peuples Solidaires 33, association de solidarité internationale mobilisée pour la défense des DROITS FONDAMENTAUX (Droits Economiques Sociaux et Culturels).
80% de la main d’oeuvre précaire dans l’industrie mondiale du jouet et du textile sont des femmes.
« Nous travaillons 11 à 12 h par jour. L'usine fournit l'hébergement et la nourriture, mais elle les déduit de notre salaire. Nous sommes 8 à 9 personnes par dortoir. Il y a un manque flagrant de liberté dans l'usine. Les managers nous réprimandent et nous injurient en permanence"
Lian, 21 ans, ouvrière chinoise ex-employée d’un sous-traitant de Mattel.
Appel Urgent 355 – Chine : L’exploitation selon Mattel
Le 29 novembre 2012
Salaires de misère, heures de travail excessives, exposition à des produits toxiques… Des enquêtes dans les usines fabriquant des jouets Mattel rappellent à nouveau les conditions de travail et de vie indignes des ouvrières et ouvriers du jouet en Chine. Bien qu’interpellée à plusieurs reprises sur les violations des droits dans sa chaîne de sous-traitance, la multinationale américaine n’a rien fait pour y mettre fin. Pire, sa politique de responsabilité sociale s’est dégradée. Pourtant Mattel continue de promettre des jouets fabriqués dans des conditions socialement responsables.
De 1999 à 2011, nos partenaires Chinois CLW et SACOM (1) ont enquêté dans cinq usines sous-traitantes de Mattel, dont certaines à plusieurs reprises. Partout, ils ont mis à jour des violations de la loi chinoise sur les heures supplémentaires, la santé et la sécurité des travailleurs-ses. Partout, Mattel a répondu soit en niant la véracité des faits, soit en affirmant qu’il s’agissait de cas isolés. Dans tous les cas, elle a assuré qu’elle prenait les mesures nécessaires pour que ses produits soient fabriqués dans des conditions responsables et éthiques.
Les nouvelles enquêtes qui accusent
Faut-il croire aux annonces de la multinationale ? Pour le savoir, Peuples Solidaires et le CLW ont lancé une nouvelle série d’enquêtes dans quatre usines de la province du Guangdong : Nanhai Mattel, Winty Industries, Dong Yao Toys et Wei Lee Fung Plastic Product.Les résultats sont malheureusement sans appel: Les salaires de base (entre 1 100 et 1 500 yuans, soit entre 136 et 185 euros par mois), bien que conformes aux minima légaux, sont tout à fait insuffisants pour vivre. Pour gagner de quoi survivre, les ouvrièr-e-s sont donc contraint-e-s d’accepter de nombreuses heures supplémentaires, jusqu’à 12 heures par jour, 6 à 7 jours par semaine , bien au-delà de ce qu’autorise la législation locale. Et les salaires perçus dans ces conditions, qui peuvent atteindre entre 2000 et 3000 yuans (soit entre 247 et 370 euros) restent insuffisants pour loger ailleurs que dans des dortoirs sans intimité, à 12 par chambre, ou prendre ses repas ailleurs que dans les cantines insalubres des usines.Pour ne pas ralentir la fabrication et faute d’informations suffisantes, les ouvrièr-e-s mettent leur santé en danger. Ils manipulent des produits dangereux et respirent des émanations toxiques de plastique sans équipement de protection adapté.
Même l’usine de Nanhai Mattel, pourtant directement contrôlée par Mattel, n’échappe pas à ces constats.
Une politique d’irresponsabilité sociale
Les démarches initialement entreprises par Mattel en termes de responsabilité sociale étaient pourtant encourageantes.
En 1997, la multinationale est l’une des premières firmes du jouet à adopter un code de conduite pour ses fournisseurs. Pour assurer son application, elle décide en 2001 de faire auditer ses usines et sous-traitants par l’ONG SICCA (2). Jusqu’en 2008, cette ONG détecte de nombreuses violations et formule plusieurs recommandations. Mais Mattel n’en tire pas les conséquences. « Il est évident que les actions de Mattel à la suite de nos précédents audits n’ont pas été efficaces » déclare SICCA dans la conclusion de son dernier rapport, « nous avons l’impression qu’aucune de nos recommandations d’actions correctives ne sera à même d’entraîner des changements significatifs tant que Mattel ne s’engagera pas pour que l’usine applique ces recommandations » (3) poursuit-elle.
En 2009, Mattel abandonne SICCA et rejoint l’ICTI Care Process (ICP), le processus d’audit et de certification proposé par la Fédération internationale des industries du jouet. Or ce processus est vivement critiqué par les ONG : il n’impose même pas le respect de la loi chinoise du travail sur les heures supplémentaires et ses audits sont inefficaces. En rejoignant l’ICP, Mattel n’améliore pas sa politique de responsabilité sociale : elle l’empire.
768 millions pour Mattel, combien pour les ouvrièr-e-s ?
Avec 768 millions de dollars de bénéfices en 2011, Mattel profite considérablement de son activité. Elle a les moyens d’agir pour améliorer le sort des petites mains qui perçoivent environ… 1% du prix de vente des jouets qu’elles fabriquent !
Nous demandons donc à la multinationale de :
Aidez-nous à rappeler Mattel à ses responsabilités. Signez cet Appel Urgent.
[1] Students & Scholars Against Coporate Misbehaviour (Association des étudiants et universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises)
[2] Sethi International Center for Corporate Accountability
[3] SICCA 2008 Audit Report, Mattel China Vendors