Information sur les activités de Peuples Solidaires 33, association de solidarité internationale mobilisée pour la défense des DROITS FONDAMENTAUX (Droits Economiques Sociaux et Culturels).
En octobre prochain, une marche non-violente (Jan Satyagraha) mobilisera 100.000 paysans et paysannes sans terre, habitants des forêts (Adivasis), et intouchables (Dalits).
Après 350 Kms de marche, ils réclameront au Gouvernement de Delhi l'accès à la terre, à l'eau, l'usage de la forêt… comme le prévoit la législation inscrite dans la "Réforme agraire", législation qui n'est pas appliquée malgré les promesses faites suite à la marche de 2007.
Pour préparer cette marche, depuis un an une délégation d'Ekta Parishad (coordinateur de cette mobilisation) a organisé un périple (Samwad Yatra) à travers toute l'Inde à la rencontre des populations villagoises.
Cette délégation est actuellement dans le centre de l'Inde.
Elle est passée par l'Odisha . Voici quelques échos de ses rencontres :
L’Odisha, appelé “Orissa” jusqu’à novembre 2011, est un Etat qui s’étend sur la côte Est de l'Inde. Le sous-sol de l’Odisha abrite une grande partie des ressources de charbon, de fer, de bauxite et de chromite du pays, et de nombreuses entreprises y investissent pour exploiter ces ressources. Mais des villages s’y opposent, avec parfois d’importants résultats, comme le rejet par le ministère de l’environnement du projet d’extraction minière de l’entreprise Vedanta en août 2010.
Tribu menacée d’extinction.
Le village de Kenduri se situe dans la région qui abrite les Pahadi Bhuia, une tribu primitive. 17 usines d’éponges en fer sont déjà présentes dans la région, et maintenant le gouvernement essaie d’acquérir 6000 acres de terres pour ouvrir des mines de fer. Ce projet déplacerait 100 000 personnes et 62 villages. Singrai Mundai, un leader tribal, prévient les experts : la question à se poser est de savoir si les 30 ans d’extraction minière conduiront ou non à la complète disparition de leur tribu, qui vit là depuis des centaines d’années.
Mo Jami Mo Diha.
Poussé par plusieurs ONG et mouvements dont Ekta Parishad, le gouvernement de l’Odisha a lancé en 2007 la campagne Mo Jami MoDiha (Ma Terre Ma Maison). L’objectif de cette campagne est de confirmer et protéger les droits à la terre des personnes issues de communautés pauvres, principalement de communautés tribales et Dalits, et de leur restituer les terres perdues. Lors de la réunion publique dans le district de Kalahandi, les habitants ont expliqué qu’ils avaient bien reçu des droits pour des terres sur lesquelles habiter, mais que la démarcation des terres en question n’avait pas encore été faite. Ils ont donc des titres mais pas les terres qui y correspondent. Ce problème n’est pas le seul pour les nombreux Dalits de cette région, qui se voient même refuser l’accès au temple en raison de leur caste.
Agir ensemble.
Lors de la réunion à Kalahandi, Rajagopal a expliqué le message que veut faire passer la Samwad Yatra, à savoir que nous devons agir ensemble, et ce pour faire deux choses : assurer l’application des lois qui ont été adoptées pour la protection et le bénéfice des sections pauvres et marginalisées de la société, et s’opposer aux lois et aux règles qui vont à leur encontre. Deux cultures s’opposent actuellement : la culture de ceux qui honorent la terre, les forêts, les rivières, les montagnes et les animaux comme un dieu, et la culture de ceux qui perçoivent toutes ces choses comme des moyens de faire du profit, et qui pour cela expulsent les Adivasis afin d’exploiter les ressources naturelles. Si nous souhaitons nous battre contre ces puissants voleurs, il faut que l’on devienne puissant, car le faible ne peut pas les battre. Pour cela, Rajagopal espère que tous s’associeront à la marche Jan Satyagraha.
Les pêcheurs du lac Chilka.
La Samwad Yatra est allée à la rencontre des pêcheurs du lac de Chilka, dont la situation ne cesse de se détériorer. Dans le village de Khurda, les habitants évoquent les nombreux problèmes auxquels ils sont confrontés : la violence des mafias, le fait que 60% des petits pêcheurs sont sans-abri, ou encore que la surface du lac se réduit à une vitesse alarmante. Pendant ce temps, l’autorité de développement du lac dépense des centaines de milliers de roupies par an pour développer le tourisme… Dans le village de Baridpar, ce sont 2000 familles qui dépendent de la pêche et de l’élevage de crevettes. Mais depuis 5 ans, de nouvelles personnes commencent l’élevage de crevettes en s’appropriant des portions du lac qu’elles délimitent par des clôtures. Ces personnes utilisant de nombreux produits chimiques, les méthodes traditionnelles d’élevage se trouvent menacées. Aujourd’hui, 147 villages de pêcheurs rencontrent des difficultés pour assurer leurs moyens de subsistance.
Toujours en lutte contre le projet POSCO.
Dans le district de Jagatsinghpur, les habitants luttent encore et toujours contre un projet de la compagnie POSCO.
Le projet en question prévoit la construction d’un complexe sidérurgique pour lequel le gouvernement allouerait 1200 ha de forêt à l’entreprise sud-coréenne. La majorité des ces terres sont cultivées depuis plusieurs générations, et les familles ont déposées des demandes de titres de propriété puisqu’elles remplissent les conditions posées par le Forest Rights Act pour les obtenir. Mais leurs demandes n’ont pas encore été prises en considérations. Des gros bras engagés par POSCO les menacent. 1200 plaintes ont été déposées contre des membres du comité de lutte, et 50 personnes ont été envoyées en prison, certaines y sont toujours. Les habitants de Dinkiya, où à eu lieu une réunion publique, ont soulevé une question très intéressante : pour l’instant, des milliers de personnes d’ici sont autonomes grâce à l’agriculture ; combien et pendant combien de temps POSCO pourrait-il fournir un emploi aux gens si ce projet voit le jour ?
Depuis 2006, les villageois se relaient pour veiller à ce qu’aucun agent de l’entreprise ou d’une maffia quelconque n’entre dans le village. Ils souhaiteraient que leur lutte contre POSCO soit relayée au niveau international, et ils comptent bien participer à Jan Satyagraha en octobre prochain.