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Information sur les activités de Peuples Solidaires 33, association de solidarité internationale mobilisée pour la défense des DROITS FONDAMENTAUX (Droits Economiques Sociaux et Culturels).

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La souveraineté alimentaire

Notre association "Peuples Solidaires DESC 33" est en priorité centré sur les questions relatives à la souveraineté alimentaire et soutient activement le mouvement populaire Ekta Parishad en Inde.

 

 

Article 22

"Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée a obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisations et des ressources de chaque pays."

 

Déclaration universelle des droits de l'homme (Nations Unis, 1948)

 

En 1996, l’ONU et la FAO se sont engagées à réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de personnes victimes de l’extrême pauvreté (moins de 1 dollar/jour) et de la faim.

En 2010 selon FAOSTAT le nombre de personnes souffrant de la faim s'élevait à 910 millions. Le pari du développement de l’agro-industrie ne s’adressant qu’aux marchés solvables pour un meilleur approvisionnement au niveau mondial est un échec : plus de 70 % de personnes concernées vivent en milieu rural (petits paysans, ouvriers agricoles, paysans sans terre) ; En même temps, le processus d’accaparement des terres[1] (par des investisseurs, des Etats) s’accélère (plus de 20 millions d'hectares de terres depuis 2006).

 

En 2007-2008, Crise alimentaire : les prix des céréales (donc des importations dans les pays déficitaires) ont doublé, voire triplé en 2007 avec comme conséquence les émeutes de la faim dans les villes.

 

Aujourd'hui famine en Ethiopie : déplacement des populations, camps de réfugiés, envoi de denrées alimentaires….scénario tragique qui se répète à chaque fois ; et reviennent les discours sur l'aide alimentaire, sur notre agriculture, le plus important étant que la nourriture circule sans entrave. Pour assurer la sécurité alimentaire sur toute la planète. Il suffit de libéraliser le commerce des produits agricoles et alimentaires !

 

Sauf que, qui dit commerce dit client solvable pour avoir accès à la nourriture.

Mais les consommateurs urbains pauvres, les paysans sans terre, les paysans de cultures à l'exportation (café, coton, cacao…), aux revenus insuffisants, ne peuvent acheter la nourriture nécessaire.

 

"Sécurité alimentaire" non assurée par le modèle agricole des pays développés, et même s'il l'était, un pays peut-il exclusivement dépendre de ses importations pour nourrir la majorité de sa population ?

C'est ce qui s'appelle l'arme alimentaire.

 

Les politiques néo-libérales donnent la priorité au commerce international et non à l'alimentation des populations ;

Elles privilégient l'industrialisation de l'agriculture avec ses conséquences sur le patrimoine génétique, culturel et environnemental de la planète, sans parler des questions sanitaires et surtout des conditions de travail dans certains secteurs (main d'œuvre étrangère dans les fruits et légumes dans le S-E de la France par ex, ouvriers agricoles dans les plantations de canne à sucre, bananes…au Sud.)

 

En chiffres :

Sur les 5,5 milliards d'hab des pays du Sud,
3 milliards vivent en zone rurale

et 2,5 milliards exercent une activité agricole
(source : Alternatives Economiques n° 272 bis sept 2008)

•Paysans : 40 % de la population mondiale

(source : Banque mondiale)

 

Une autre approche

est largement préconisée depuis 1996, y compris par la FAO celle de Souveraineté alimentaire.

Ce concept a été développé par Via Campesina[2] et porté au débat public à l'occasion du Sommet Mondial de l'Alimentation (FAO) en novembre1996 à Rome.

 

La Souveraineté alimentaire, c'est quoi ?

 

Elle désigne le droit des populations, de leur pays ou Unions, à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis-à-vis des pays tiers.

Elle inclut entre autre

 

  • la priorité à la production agricole locale pour nourrir la population, l'accès des paysan(ne)s et des sans-terre à la terre, à l'eau, aux semences, au crédit. D'où la nécessité de réformes agraires effectives.
  • Le droit des Etats à se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix.
  • Des prix agricoles liés aux coûts de production
  • La participation des populations aux choix de politique agricole
  • La reconnaissance des droits des paysannes qui jouent un rôle majeur dans la production agricole et l'alimentation

 

Vous vous souvenez peut-être d'une campagne de solidarité concernant le Sénégal :

Le blanc de poulet est commercialisé en France ; les bas morceaux exportés inondent le marché sénégalais à un prix jusqu'à 5 fois moins cher que le poulet élevé par les producteurs sénégalais qui ne trouvent plus de débouchés.

(le Sénégal avait développé cette production rémunératrice pour les petits producteurs. Mais depuis 2000, le Sénégal a supprimé ses barrières douanières.)

 

Cette question de Souveraineté alimentaire concerne aussi les pays dits développés : par ex la question des prix agricoles et des revenus des agriculteurs, la difficulté à trouver des terres pour l'installation de jeunes, les filières intégrées qui lient les producteurs aux firmes multinationales etc….

 

La Souveraineté Alimentaire ne s'oppose pas aux échanges mais à la priorité donnée aux exportations

 

Il ne s'agit pas d'un concept séduisant pour altermondialiste.

N'oublions pas que les premières victimes de la faim ce sont les paysans et leurs familles.

 

Dans de multiples pays des paysans luttent pour le respect de ce droit à vivre de leurs productions, à les commercialiser localement, à les exporter à des prix rémunérateurs. Ils sont souvent confrontés à l'impossibilité ou à d'énormes difficultés d'accès à la terre. Leur qualificatif de "paysans sans terre" ne surprend même plus : un paysan sans terre c'est quand même paradoxal !

 

En Inde, marche non violente des paysans sans terre.

 

"Parler de terre en Inde, ce n'est pas seulement parler d'un lopin de terre,

c'est parler de subsistance et de vie dans la dignité. 75% des travailleurs agricoles sont des femmes.

Or, les femmes ne possèdent pas la terre ni la ferme ; elles ne sont pas reconnues comme agricultrices."

Varsha, animatrice à Ekta Parishad

 

L'Inde, puissance mondiale de1,3 milliard d'habitants où plus de 70% vivent dans les campagnes et les forêts dont 300 millions de paysans sans terre ; 60% des paysans indiens ont moins de 1 hectare de terre.

 

Depuis l'Indépendance (1947) la réforme agraire prévue, les plans quinquennaux successifs, n'ont pas été mis en place effectivement.

 

Les paysans et habitants des forêts sont confrontés à des questions vitales :

 

* absence de terre pour se nourrir

* expulsion des forêts : pour l'exploitation minière par des firmes multinationales, pour la création de parcs nationaux pour touristes (96 en 20 ans, 1,5 millions de personnes déplacées !)), de complexe sidérurgique (en Orissa, 1200 hect pour l'entreprise sud-coréenne Posco)

* endettement, souvent la cause de suicide de paysans (17368 recensés en 2009)

* discrimination (intouchables, tribaux, femmes…): au Madya Pradesh, à Lahroni, il a fallu 8 années de lutte aux intouchables pour prendre possession de leurs terres.

* pollution des eaux par l'industrie

* statut des femmes paysannes non reconnu (pas de titre de propriété)

 

Au sein d'Ekta Parishad [3](qui signifie Forum de l'unité, mouvement populaire regroupant 400 organisations pour 11.000 villages-répartis dans 14 Etats de l'Inde) des milliers de paysans et habitants des forêts luttent pour le respect de leur dignité et de leur droits.

 

Ekta Parishad privilégie deux axes de travail :

 

* permettre localement aux populations de s'organiser démocratiquement, d'identifier les causes de leur situation, de se former avec des outils adaptés (théâtre, musique, étude de cas…), de déterminer leurs modes d'action non violente;

* mener des campagnes d'opinion et d'interpellation en direction des politiques, au niveau local, au niveau de l'Etat (l'Inde est une Fédération de 29 Etats) et au niveau Fédéral, avec le soutien international.

 

Ils ont choisi un mode d'action non-violente : l'organisation de marches pacifiques.

 

Depuis 1999, des marches regroupant des milliers d'hommes et de femmes se déroulent au niveau des Etats.

En octobre 2007, une marche nationale (Janadesh, qui signifie Verdict du peuple) regroupait 25000

ruraux et habitants des forêts représentant des communautés de toute l'Inde. Ils ont marché de Gwalior à Delhi (350 kms), en silence ou au sons des fanfares, par 40°.

Ils étaient rejoints par plus de 100.000 personnes pour un sit-in près du Parlement indien, scandant "la prison ou la terre". Participaient également des délégations internationales (France, Kenya, Afrique du Sud, Canada…)

Depuis cette marche non-violente, ont été obtenu la création d'un "Conseil national" et d'une "Commission nationale"pour la réforme agraire à laquelle participe Ekta Parishad, la mise en place de la Loi sur les droits forestiers.

 

Cependant de nombreuses promesses n'ont pas été tenues : non accès à la terre (accord ou régularisation de titre de propriété : 14000 accordés sur 49000 demandes !), aux ressources naturelles, les déplacements forcés des tribaux (habitants dans et vivant de la forêt), la non-indemnisation des déplacés, le refus d'attribution de terres forestières, le mépris des droits des femmes….

 

Aussi une nouvelle marche se prépare dès maintenant pour octobre 2012 : Jansatyagraha,

ce qui signifie marche non violente pour la justice.

100.000 personnes vont marcher à travers l'Inde et se retrouveront à Delhi le 2 octobre 2012.

 

Des milliers de villages s'y préparent déjà : formation sur leurs droits, sur l'action non-violente, organisation des groupes, marches locales, stockage de céréales et de bouteilles d'eau dans chaque maison…

 

En France

une marche de solidarité aura lieu du 21 sept au 17 oct 2012 : Le Croisic-Paris[4]

 

A Bordeaux,

notre groupe organise tous les 5 semaines des marches de solidarité et propose le financement de marcheurs indiens (1 euro/jour/marcheur).

 

Pour conclure, je laisse la parole aux acteurs du Sud qui, avant les réunions du G8/G20 (3-4 nov à Cannes), ont lancé "L'Appel de Dakar"[5] :

 

"…Nous savons que des réponses solidaires et démocratiques à la crise mondiale ne viendront pas des dirigeants des pays les plus riches, mais des peuples eux-mêmes. Nous refusons de laisser aux puissants le droit d'imposer leurs solutions à des crises qu'ils ont engendrées…...L'accès de tous aux droits humains fondamentaux et la protection de notre planète passent par un juste partage des richesses, d'autres modes de développement et une gestion démocratique des biens communs….."

 

 

 

Jean Sachet

Membre de Peuples Solidaires DESC 33



[1] www.pfsa.be/spip.php?article566

[2] www.viacampesina.org

[3] www.ektaparishad.com (en anglais) / www.ekta-geneve.blogspot.com (en français)

[4] www.jan-ouest-2012.fr

[5] /www.mobilisationsg8g20.org/la-coalition/

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